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Avatar de Annie Girard

J'habite à Côte-des-Neiges, dans un coin où la majorité des gens sont immigrants, des gens qui sont souvent admirables, en passant. J'ai vu plus d'une fois des nouveaux arrivants (j'aime cette expression qui dénote de l'accueil et de la générosité) manifester leur désarroi et leur incompréhension face à l'inaccessibilité des cours des francisation alors qu'ils voulaient tant partir du bon pied et s'intégrer à la société francophone.

Au cours des décennies, les erreurs que les dirigeants québécois ont faites par bigoterie sont immenses et leurs effets se font encore sentir. Le gouvernement actuel a agit exactement de cette façon, en poussant effectivement les immigrants vers le côté anglophone qui apparaît souvent plus attrayant.

On a besoin d'embrasser les immigrants, de leur donner les moyens de s'intégrer dans une société qui a compris l'interculturalité depuis des générations, pour ne pas dire depuis le début. Les gens qui arrivent ici ont choisi le Québec, souvent pour ses valeurs. Ils sont remplis de l'espoir de reconstruire leur vie dans un milieu meilleur, avec des valeurs qu'ils appellent depuis longtemps, et on les déçoit et brise cet espoir par un mentalité à oeillères et une vision comptable mesquine et à trop court terme.

Il faudrait peut-être à la tête du Québec un économiste social, une personne dotée de vision pour le développement de la société au lieu d'un comptable mesquin qui veut seulement équilibrer deux colonnes de chiffres sans avoir aucune vision de l'avenir et du développement d'une société dans un environnement qui représente autant de défis que la situation du Québec au milieu de l'Amérique du Nord, qui a été pendant si longtemps son terrain de jeu.

Les gens qui sont venus ici il y a 400 ou 500 ans étaient ceux qui refusaient le système hiérarchique de la France. Des gens qui pensaient autrement et voulaient interagir librement sans se soumettre au carcan d'un pouvoir centralisateur contraignant. Ils ont fait des alliances avec les peuples autochtones, ont commercé et échangé, ont pris des épouses parmi eux, une forme d'alliance, parfois à plus d'un endroit. Ils étaient peu nombreux mais n'ont pas pris les gens de haut, ne sont pas venus avec la mentalité hiérarchique du colonisateur typique. Ils n'ont pas fait d'extermination mais ont échangé de façon réciproque.

Même aujourd'hui, 10,000 noms de lieu français persistent aux États-Unis. Jusqu'en 1825, les quatre langues les plus parlées sur les Grandes Plaines des États-Unis étaient 3 langues autochtones et le français. Les scouts qui ont guidé l'expédition Lewis et Clark à travers ces Grandes Plaines étaient Canadiens Français. Le précurseur du Pony Express, le premier à traverser seul et en quelques jours de St-Louis à Santa Fe était un Québécois. Le mot musher vient très probablement de l'expression "marche, marche" que les anciens Canadiens Français disaient à leurs chevaux autant qu'à leurs enfants pour les faire avancer. C'est dire jusqu'où ces pionniers aventureux ont étendu leur influence.

La série De Remarquables Oubliés de Serge Bouchard raconte l'histoire de certains de ces personnages phénoménaux de notre passé. Sur la soixantaine d'épisodes, 30 sont encore disponibles sur le site de Radio-Canada, le reste à travers les archives de la société d'état.

L’esprit d'aventure, la curiosité et la soif d'inconnu et d'espace des Québécois a des racines profondes, tout autant que leur acceptation d'autrui. C'est pas pour rien que certains Canadiens du reste du Canada nous considèrent mélangés, métissés et non comme véritablement blancs, ce qui est merveilleux.

J'ai tendance à observer les traits des gens, une déformation de peintre probablement. Combien de fois ai-je remarqué les traits de bons Québécois dits de souche un peu partout et parfois demandé à quelqu'un s'il ou elle avait des ancêtres autochtones. Généralement on me parle d'un grand-père ou d'une grand-mère, donc ces traits sont bien là, tout comme les ressemblances avec de nombreux Latinos métissés. Les Latinos vivant au Québec remarquent ce fait dans nos traits; eux-mêmes constatent aux ressemblances qu'il y a eu mélange.

D'autres ont parlé de l'influence autochtone dans le besoin très québécois de consultation et de conciliation pour faire adopter des projets. Notre niveau d'antagonisme face aux différences humaines est moindre que ce qu'on trouve ailleurs au Canada et dans le continent.

C'est sur cette force d'acceptation et d'intégration qu'il faut miser, et non sur une mesquinerie étroite et un esprit de clocher qui n'ont pas d'avenir et n'ont pas vraiment existé au Québec avant la venue de religieux de France après la laïcisation de l'éducation là-bas à la fin du 19è siècle.

Avatar de HP
Mar 8Modifié

Merci pour ce texte posé, informatif, sans rhétorique et facilités. Question d’un Belge francophone: est-ce que le conflit grandissant avec les États-Unis a un impact sur la place et le rôle du français au Canada? Et est-ce que je me trompe ou Carney fait-il de gros efforts pour parler français? Que faut-il en déduire?

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