J’ai vécu les trente premières années de ma vie aux États-Unis, dans l’État voisin du New Hampshire, où j’ai travaillé en politique électorale pendant les dix premières années de ma carrière. Depuis mon arrivée au Québec, on me pose souvent la même question, parfois avec une pointe d’espoir identitaire : les Franco-Américains d’origine québécoise votent-ils tous pareil? Comme si l’héritage culturel, les patronymes, la paroisse ou la mémoire de « Little Canada » formaient un bulletin de vote collectif.
La réalité est beaucoup moins romantique — et beaucoup plus américaine : ces communautés ne votent pas en bloc. Elles votent comme le reste du pays, à travers des clivages sociaux très concrets. Le plus déterminant, de loin, demeure le niveau de scolarité et, dans une moindre mesure, le degré de religiosité. Autrement dit : ce n’est pas le fait « d’être Québécois d’origine » qui oriente le vote; c’est la place qu’on occupe dans l’économie, dans le tissu social, et dans la culture politique du moment.

Pour éviter le récit facile, j’ai récemment parlé avec deux stratèges politiques de longue date au New Hampshire, tous deux d’ascendance québécoise : l’un démocrate, l’autre républicain. Le premier m’a résumé la chose sans détour : dans les villes et quartiers franco-américains où la mobilité sociale passe par l’université, le Parti démocrate demeure compétitif. Le second, côté républicain, le cheminement inverse avec la même franchise : dès que la trajectoire typique est « secondaire – métier – syndicat ou petite entreprise – maison – impôts », Trump a trouvé une clientèle durable.
Dans le domaine de la politique électorale américaine, les habitudes de vote des Franco-Américains et des personnes d’origine québécoise révèlent un éventail diversifié de perspectives plutôt qu’un bloc cohésif. Malgré un héritage culturel et des liens linguistiques communs, ces communautés affichent des opinions politiques nuancées et variées, défiant toute catégorisation facile.
Ce qui est vrai à l’échelle américaine l’est donc aussi dans nos familles élargies franco-américaines : la fracture éducative est devenue un marqueur politique. Les électeurs avec un diplôme universitaire (baccalauréat ou plus) penchent massivement du côté démocrate; ceux sans diplôme universitaire plutôt vers les républicains, et souvent très républicain. Cette tendance traverse de plein fouet les communautés franco-américaines, parce qu’une part importante des descendants d’immigrants québécois a longtemps fait carrière dans les métiers, les usines, la construction, le transport, les services.
Ces trajectoires se retrouvent toutefois au cœur des secousses économiques : désindustrialisation, coûts de logement, inflation, précarité des soins de santé. Dans les dernières élections, une portion notable de la population franco-américaine en Nouvelle-Angleterre — particulièrement dans le monde ouvrier du nord — a glissé vers Donald Trump. On l’a vu en 2016 quand des régions historiquement démocrates ont basculé du côté républicain, parfois pour la première fois depuis des décennies. Ce n’était pas uniquement un vote pour Trump : c’était aussi un vote contre un système perçu comme sourd, distant, urbain, diplômé.
Le coût de la vie et l’économie du quotidien reviennent sans cesse dans ces conversations. Quand l’épicerie augmente, que le chauffage coûte plus cher, que l’assurance santé écrase, la politique devient moins idéologique et plus transactionnelle. Beaucoup d’électeurs priorisent l’impression de reprise économique, de contrôle, ou de rupture, même s’ils n’aiment pas forcément le personnage qui prétend incarner ces principes.
L’appel populiste compte aussi. Dans des communautés qui se sentent en perte de statut — démographiquement, culturellement, économiquement — la rhétorique de Trump se présente comme une défense des gens ordinaires contre les élites. À cela s’ajoute, dans certaines poches de la Nouvelle-Angleterre, une forme de conservatisme culturel : la religion, les normes sociales, ou simplement la résistance à des changements perçus comme imposés « d’en haut ».
Ce débat est souvent traité comme une abstraction sociologique. Pour moi, c’est concret : je l’ai vu dans ma ville natale. En 2024, le contraste était net. Les gens de mon entourage qui travaillent dans les métiers — construction, mécanique, électricité, transport, services manuels — ont voté en très grand nombre pour Trump. À l’inverse, ceux qui ont un baccalauréat ou plus ont voté en très grand nombre pour la vice-présidente Kamala Harris et les démocrates.
Les deux stratèges du New Hampshire avec qui j’ai parlé m’ont dit, chacun à leur manière, qu’il faut arrêter de chercher un vote ethnique là où il y a surtout des votes de classe, de niveau d’éducation, et de vécu. Leur point commun : le « vote franco » n’existe pas comme bloc. Il se fragmente, comme tout le reste.
La religion joue encore un rôle, surtout là où une culture religieuse a laissé des réflexes politiques. Mais, même là, la variable la plus constante demeure l’éducation, parce qu’elle influence l’information consommée, les réseaux sociaux, la confiance institutionnelle, et le vocabulaire politique lui-même.
En conclusion, les Franco-Américains et les descendants de Québécois ne votent pas en bloc. Ils suivent, comme les autres Américains, les grandes lignes de fracture du pays. Il me semble une c’est une répétition de ce qui est dit juste un peu plus haut. C’est moins une histoire d’origine québécoise qu’une histoire de destin social : l’héritage culturel reste un fil conducteur, mais ce sont les conditions de vie, le niveau d’éducation et le sentiment d’appartenance — ou d’abandon — qui finissent par décider.
No, Franco-Americans and descendants of Québécois do not vote as a bloc
I spent the first thirty years of my life in the United States, in the neighboring state of New Hampshire, where I worked in electoral politics for the first decade of my career. Since moving to Québec, I’ve been asked the same question again and again—sometimes with a hint of identity-driven hope: do Franco-Americans of Québécois origin all vote the same way? As if cultural heritage, last names, parish life, or the memory of “Little Canada” could add up to a unified ballot.
The reality is far less romantic—and far more American. These communities do not vote as a bloc. They vote like the rest of the country, along very concrete social and political fault lines. The strongest predictor, by far, is education level, and—though to a lesser extent—religiosity. In other words, it isn’t “being of Québécois origin” that drives voting behavior; it’s where people sit in the economy, in their social environment, and in the political culture of the moment.

To avoid the easy narrative, I recently spoke with two longtime political strategists in New Hampshire, both of Québécois descent—one a Democrat, the other a Republican. The Democrat put it plainly: in Franco-American towns and neighborhoods where upward mobility runs through university education, Democrats remain competitive. The Republican described the mirror image with the same candor: as soon as the typical path is “high school—trade—union or small business—home—taxes,” Trump has found a durable base.
In U.S. electoral politics, voting habits among Franco-Americans and people of Québécois origin reflect a wide range of views rather than a cohesive bloc. Despite shared cultural roots and linguistic ties, these communities hold nuanced and varied political opinions that resist simple categorization.
What’s true nationally is true in our extended Franco-American families as well: the education divide has become a major political marker. Voters with a college degree (a bachelor’s or more) lean heavily Democratic; those without a degree lean Republican—often strongly Republican. This pattern cuts straight through Franco-American communities because a significant share of descendants of Québécois immigrants historically built their lives in the trades, mills and factories, construction, transportation, and service work.
Those paths, however, have been hit hardest by economic disruption: deindustrialization, rising housing costs, inflation, and the fragility of health care access. In recent elections, a notable segment of the Franco-American population in New England—especially in working-class northern areas—has shifted toward Donald Trump. We saw it in 2016, when regions that had long been reliably Democratic moved to the Republican side, in some cases for the first time in decades. It wasn’t only a vote for Trump. It was also a vote against a system perceived as deaf, distant, urban, and credentialed.
Cost of living and the day-to-day economy come up constantly in these conversations. When groceries climb, heating bills spike, and health insurance becomes crushing, politics becomes less ideological and more transactional. Many voters prioritize a sense of economic recovery, control, or rupture—even if they don’t necessarily like the individual claiming to embody those promises.
Populist appeal matters too. In communities that feel a loss of status—demographically, culturally, economically—Trump’s rhetoric presents itself as a defense of ordinary people against elites. Layered onto that, in certain pockets of New England, is a strain of cultural conservatism: religion, social norms, or simply resistance to changes perceived as imposed “from above.”
This is often discussed like a sociological abstraction. For me, it’s concrete: I watched it play out in my hometown. In 2024, the contrast was striking. People around me who work in the trades—construction, mechanics, electrical work, transportation, hands-on service jobs—voted for Trump in very large numbers. By contrast, those with a bachelor’s degree or more voted in very large numbers for Vice President Kamala Harris and the Democrats.
The two New Hampshire strategists I spoke with told me, each in their own way, that we should stop searching for an “ethnic vote” where what we’re really seeing are votes shaped by class, education, and lived experience. Their shared conclusion was simple: there is no “Franco vote” as a unified bloc. It fragments, like everything else.
Religion still plays a role, especially where a religious culture has left political reflexes. But even there, education remains the most consistent variable—because it shapes information ecosystems, social networks, institutional trust, and even the vocabulary people use to interpret politics.
In the end, Franco-Americans and descendants of Québécois do not vote as a bloc. They follow the same national divides that structure the broader electorate. This is less a story about Québécois origin than a story about social trajectory: cultural heritage remains a thread, but it’s living conditions, education level, and a sense of belonging—or abandonment—that ultimately determine how people vote.

On me pose souvent la même question par rapport aux Louisianais mais la dernière fois où les Franco-Louisianais auraient voté en bloc c’était pour Kennedy en 1960. Lors de sa campagne, son épouse Jacqueline, parfaitement bilingue, a prononcé un discours entièrement en français au Festival du riz de Crowley.
Article très intéressant sur une communauté méconnue. Quand on pense Québécois Américain c'est toujours MA ou ME, et beaucoup plus rarement NH.